Ekottarāgama

Fascicule cinquième

L'unique voie de s'éveiller à la vérité

6.

«Ainsi ai-je entendu. Une fois le Bouddha résidait à Rājagṛha, dans le jardin de Bambou, au [terrain de la Nourriture] des Écureuils, avec ses grands disciples au nombre de cinq cents. Alors le vénérable Mahā-Kāśyapa, vivant dans un milieu solitaire, allait demander de la nourriture de maison en maison sans faire distinction de riche ou pauvre. Il ne changeait point sa place de méditation. Il s'asseyait au pied d'un arbre paisible. Il portait l'habit à cinq pièces et faisait usage de trois robes seulement. Il faisait aussi la méditation dans un cimetière. Il ne prenait qu'un repas au midi par jour. Il pratiquait toujours l'ascétisme malgré son troisième âge. Alors après avoir pris son repas, il se rendait au pied d'un arbre pour méditer. Après la méditation, il se levait, arrangeait sa robe et se rendait chez le Tathāgata. En le voyant s'approcher, le Tathāgata lui disait: Bienvenu, Kāśyapa! Celui-ci s'avançait et se prosternait au pied du Tathāgata. Alors le Bhagavat lui disait: Kāśyapa, maintenant vous êtes avancé dans l'âge. Vous marchez péniblement. Vous ne devez pas aller quémander la nourriture, il faut abandonner l'ascétisme… et prendre s'il le faut le train d'un bourgeois aisé et reprendre la vie d'un laïc. Le vénérable Kāśyapa répondait: Aujourd'hui, je m'excuse de ne pas suivre ces conseils du Tathāgata. Pourquoi? Parce que si je ne parvenais au stade de Bouddha, je deviendrais un Pratyekabouddha. Mais pour le devenir, il faut appliquer de tour son cœur le pratique d'Āraṅyaka, aller demander de la nourriture sans faire distinction des maisons pauvres ou riches, prendre toujours une place fixe, s'asseoir au pied d'un arbre ou dans un endroit solitaire, porter l'habit à cinq pièces, faire usage de trois robes seulement, demeurer dans un cimetière ou ne prendre qu'un repas par jour juste à midi ou bien pratiquer l'ascétisme [des autres pratiques] de Dhūtaṅga. Par conséquent, je n'ose pas abandonner le principe fondamental déjà pratiqué pour apprendre un autre. Le Tathāgata répondit: Bien, c'est très bien! Kāśyapa! Vous êtes très utile, car vous pouvez aider un nombre immensurable de gens. Il vous est possible d'aider même les dieux, les humains. Pourquoi? Parce que, ô Kāśyapa, si l'on pratique l'ascétisme de Dhūtaṅga dans ce monde, ma doctrine s'y perpétuera pendant bien longtemps. Si elle se perpétue dans ce monde, la voie céleste sera augmentée et les trois mauvaises voies seront diminuées. Les voies permettant l'accès au stade de Srotāpanna, de Sakṛdāgāmin et de Anāgāmin dureront dans ce monde. Ô bhikṣu! Pour pratiquer la religion vous devez suivre l'exemple du Vénérable Kāśyapa. C'est ainsi que vous devez vous exercer. Alors les bhikṣu, ayant entendu ces précieux conseils du Bouddha, étaient heureux et les mettaient respectueusement en pratique.