Ekottarāgama

Fascicule septième

L'extinction du feu

4.

«Ainsi ai-je entendu… le Bouddha résidait à Śrāvastī… il disait aux bhikṣu: Je vais vous parler des gens qui se comportent comme un âne et d'autres qui se comportent comme un buffle. Ecoutez et réfléchissez bien.

Voici celui qui se comporte comme un âne. Il a les cheveux, les moustaches et la barbe rasés, il porte les trois vêtements religieux, il a la foi solide—c'est pourquoi il a quitté sa famille pour être admis au saṃgha. Cependant il n'a pas la pureté sensorielle: quand il voit quelque chose, de nombreuses illusions sont nées dans son esprit et de nombreux sentiments sont nés dans son cœur, il ne sait pas maîtriser ses sensations visuelles; il en est de même pour l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher; il ne sait pas maîtriser ses pensées, il se laisse entraîner par des idées malsaines. Il ne sait non plus maîtriser ses mouvements pour avoir une démarche et des postures correctes. Il ne sait pas porter les vêtements religieux et le bol à aumône comme il faut. En le voyant, ceux qui mènent la vie brahmique (brahmacarya) rigolent et disent: ‹Cet imbécile a l'air d'un moine, mais un moine ne lui ressemble certainement pas›. Il réplique tout de suite à haute voix: ‹Je suis aussi un moine! Je suis aussi un moine!›. C'est comme un âne parmi les buffles; il dit: ‹Je suis aussi un buffle!›, alors que oreilles, cornes, queue, voix, tout est différent; et les buffles, en le voyant, lui donnent des coups de cornes et des coups de pieds pour le chasser.

Voici celui qui se comporte comme un buffle. Il a les cheveux, les moustaches et la barbe rasés, il porte les trois vêtements religieux, il a la foi solide—c'est pourquoi il a quitté sa famille pour être admis dans le saṃgha. Il a obtenu la pureté sensorielle: il mange et boit avec modération, il ne manque jamais les séances de pratique religieuse et il est résolu à développer les trente-sept auxiliaires de l'illumination (saptatriṃśad bodhipākṣikā dharmāḥ). Quand il voit quelque chose, il ne laisse pas son esprit entraîner par des illusions visuelles, ni son cœur par des sentiments de désir ou de haine; il essaye de voir chaque chose telle qu'elle est; ceci fait naître en lui la bonté naturelle et fait disparaître toutes les mauvaises idées. Il en est de même quand il entend, quand il sent, quand il goûte, ou quand il touche. Grâce à cela son esprit est pur et son cœur serein. En le voyant de loin, ceux qui mènent la vie brahmique se disent: ‹Nous avons de la chance d'avoir un camarade de classe comme lui›; puis ils viennent volontiers pour subvenir à ses besoins de telle façon qu'il ne lui manque de rien. C'est comme un bon buffle parmi les buffles, car leur pelage, leur queue, leurs oreilles, leurs cornes, leur voix se ressemblent tous. Les autres buffles viennent le lécher partout pour témoigner leur sympathie.

C'est pourquoi, ô bhikṣu! il faut faire comme le buffle et non pas comme l'âne. Vous devez apprendre sérieusement cela.

Ayant entendu ces paroles de Bouddha… en pratique.