T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.1.

Alors le roi demanda à Na-sien :

« Seigneur, quel est votre nom ? »

Na-sien dit : »

Mes père et mère m'ont donné le nom de Na-sien, et les hommes m'appellent Na-sien ; parfois mes père et mère m'appellent Wei-sien ; parfois mes père et mère m'appellent Cheou-lo-sien ; parfois mes père et mère m'appellent Wei-kia-sien. C'est ainsi que me connaissent tous les hommes. Ce ne sont là que des noms tels qu'en portent tous les hommes de ce monde. »

Le roi demanda à Na-sien :

« Qui est Na-sien ? »

Le roi interrogea encore, disant :

« La tête est-elle Na-sien ? »

Na-sien dit :

« Ce n'est pas la tête qui est Na-sien. »

Le roi demanda de nouveau :

« Les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, sont-ils Na-sien ? »

Na-sien dit :

« Les yeux, les oreilles, le nez, la bouche ne sont pas Na-sien. »

Le roi demanda encore : »

Le cou, le menton, la nuque, les épaules, les bras, les pieds, les mains, sont-ils Na-sien ? »

Na-sien dit :

« Ils ne sont point Na-sien. »

Le roi demanda encore :

« Est-ce l'estomac qui est Na-sien ? »

Na-sien dit :

« Il n'est pas Na-sien. »

Le roi demanda encore :

« L'apparence extérieure est-elle Na-sien ? »

« Elle n'est pas Na-sien. »

« La souffrance et le plaisir, le bien et le mal, le corps, le cœur, ces cinq choses réunies sont-elles Na-sien ? »

Na-sien dit :

« Elles ne sont pas Na-sien.

« Le roi demanda encore :

« Supposons qu'il n'y ait ni apparence extérieure, ni souffrance ni plaisir, ni bien ni mal, ni corps, ni cœur : la non-existence de ces cinq choses est-elle Na-sien ? »

Na-sien dit :

« Elle n'est pas Na-sien. »

Le roi demanda encore :

« La voix, le souffle sont-ils Na-sien ? »

Na-sien dit :

« Ils ne sont pas Na-sien. »

Le roi demanda encore :

« Qu'est-ce que Na-sien ? »

Na-sien interrogea le roi, disant :

« Ce qu'on appelle un char, — qu'est-ce qu'un char ? Les essieux sont-ils le char ? »

Le roi dit :

« Les essieux ne sont pas le char. »

Na-sien dit :

« Les jantes sont-elles le char ? »

Le roi dit :

« Les jantes ne sont pas le char. »

Na-sien dit :

« Les rayons sont-ils le char ? »

Le roi dit :

« Les rayons ne sont pas le char. »

Na-sien dit :

« Les moyeux sont-ils le char ? »

Le roi dit :

« Les moyeux ne sont pas le char. »

Na-sien dit :

« Le timon est-il le char ? »

Le roi dit :

« Le timon n'est pas le char. »

Na-sien dit :

« Le joug est-il le char ? »

Le roi dit :

« Le joug n'est pas le char. »

Na-sien dit :

« La plateforme est-elle le char ? »

Le roi dit :

« La plateforme n'est pas le char. »

Na-sien dit :

« La hampe [du dais] est-elle le char ? »

Le roi dit :

« La hampe n'est pas le char. »

Na-sien dit :

« Le dais est-il le char ? »

Le roi dit :

« Le dais n'est pas le char. »

Na-sien dit :

« Tous ces matériaux réunis et montés ensemble, est-ce là le char ? »

Le roi dit :

« Tous ces matériaux réunis et montés ensemble ne sont pas le char. »

Na-sien dit :

« Supposons qu'on ne réunisse pas tous ces matériaux, est-ce là le char? »

Le roi dit :

« La non-réunion de tous ces matériaux n'est pas le char. »

Na-sien dit :

« Est-ce le bruit qui est le char ? »

Le roi dit :

« Le bruit n'est pas le char. »

Na-sien dit :

« Qu'est-ce que le char ? »

Alors le roi resta muet et ne souffla mot. Na-sien dit :

« Un sūtra du Buddha expose ceci : De même qu'en assemblant tous ces matériaux pour en faire un char on obtient un char, ainsi l'assemblage d'une tête, d'un visage, d'yeux, d'oreilles, d'un nez, d'une bouche, d'un cou, d'une nuque, d'épaules, de bras, d'os, de chair, de mains, de pieds, d'un foie, de poumons, d'un cœur, d'une rate, de veines, d'intestins, d'un estomac, d'une apparence extérieure, d'une voix, d'un souffle, de la douleur et du plaisir, du bien et du mal, c'est là ce qu'on appelle un homme. »

Le roi dit :

« Excellent ! Excellent ! »