T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.10.

Le roi interrogea de nouveau Na-sien, disant :

« Qu'est-ce que l'obéissance filiale ? »

Na-sien dit :

« Toutes les vertus sont [définies par] l'obéissance filiale. Les trente-sept catégories de dharma tirent toutes leur racine de l'obéissance filiale. »

Le roi dit :

« Quelles sont les trente-sept catégories de dharma ? »

Na-sien dit : Il y a les quatre cessations de la pensée ; il y a les quatre interruptions de la pensée ; il y a les quatre bases surnaturelles ; il y a les cinq racines ; il y a les cinq forces ; il y a les sept [états] d' esprit [constitutifs de] l'Éveil ; il y a les huit modes de marche dans la Voie. »

Le roi interrogea encore Na-sien :

« Quelles sont les quatre cessations de la pensée ? »

Na-sien répondit au roi :

« Le Buddha a dit : La première consiste en ceci : si l'on considère [médite sur] le corps, le corps cesse ; la seconde : si l'on considère la maladie, la maladie cesse ; la troisième : si l'on considère l'esprit, l'esprit cesse ; la quatrième : si l'on considère les dharma, les dharma cessent. Telles sont les quatre cessations de la pensée. »

Le roi dit encore :

« Quelles sont les quatre interruptions de la pensée ? »

Na-sien dit :

« Le Buddha a dit : Après avoir fait cesser, chacune séparément, les quatre choses [ou objets de la pensée énumérés ci-dessus], ne plus s'en souvenir, en cela consistent les quatre interruptions de la pensée. Par là même qu'on obtient les quatre interruptions de la pensée, on obtient les modes de réflexion [constituant les] bases [des pouvoirs] surnaturels. »

Le roi demanda encore :

« Quels sont les [modes de] réflexion [constituant les] bases [des pouvoirs] surnaturels ? »

Na-sien dit :

« 1° L'œil est doué de vue universelle ; 2° l'oreille est douée d'ouïe universelle ; 3° on peut connaître ce que pensent les autres hommes en leur cœur ; 4° le corps peut se mouvoir en volant. Voilà [les modes de] réflexion [constituant les] quatre bases [des pouvoirs] surnaturels. »

Le roi demanda encore :

« Quelles sont les cinq racines ? »

Na-sien dit :

« 1° L'esprit ne s'attache pas aux formes belles ou laides que voit l'œil : voilà une racine ; 2° l'esprit ne s'attache pas aux sons beaux ou laids ni [aux paroles] injurieuses qu'entend l'oreille : voilà une racine ; 3° l'esprit ne s'attache pas aux odeurs bonnes ou mauvaises que sent le nez : voilà une racine ; 4° l'esprit ne s'attache pas aux saveurs agréables ou amères que goûte la bouche : voilà une racine ; 5° l'esprit ne se réjouit pas de ce que le corps touche des objets doux, et n'a pas non en plus horreur les sensations tactiles produites par des objets durs. Voilà les cinq racines. »

Le roi demanda encore :

« Quelles sont les cinq forces ? »

Na-sien dit :

« 1° Être capable de modérer son œil ; 2° être capable de modérer son oreille ; 3° être capable de modérer son nez ; 4° être capable de modérer sa bouche ; 5° être capable de modérer son corps ; faire que l'esprit ne tombe pas [sous l'empire de la sensation]. Voilà les cinq forces. »

Le roi demanda encore : Quels sont les sept [états d'] esprit [constitutifs de] l'Éveil ? »

Na-sien dit :

« 1° La pensée ; 2° la discrimination ; 3° l'énergie spirituelle ; 4° la satisfaction ; 5° l'appui [le sentiment de sécurité] ; 6° la fixation [de la pensée dans l'extase] ; 7° la préservation. Voilà les sept [états d'] esprit [constitutifs de] l'Éveil. »

Le roi demanda encore :

« Quels sont les huit modes de marche dans la Voie ? »

Na-sien dit :

« 1° Les vues [opinions] droites; 2° la pensée droite; 3° le langage droit ; 4° la conduite droite ; 5° l'acté droit ; 6° le moyen droit ; 7° l'esprit droit ; 8° la fixation [de la pensée] droite. Voilà les huit modes de marche dans la Voie. Ces trente-sept catégories de dharma tirent toutes leur racine de l'obéissance filiale. »

Na-sien dit :

« Tout homme portant au loin une lourde [charge], s'il réussit à se tenir debout, c'est en se basant sur le sol qu'il y réussit. Les cinq céréales, les arbres de ce monde, les plantes tournées vers le centre du ciel, naissent tous du sol. »

Na-sien dit :

« De même, un maître-artisan qui se propose de construire une grande ville murée doit tout d'abord prendre des mesures et établir des fondements ; puis, cela fait, il peut commencer la construction de la ville murée. »

Na-sien dit :

« De même, un acrobate qui va

« travailler »

commence par nettoyer et balayer le sol pour qu'il soit uni. [Ainsi] les disciples du Buddha, pour atteindre la Voie, doivent tout d'abord observer les défenses des sūtras et faire le bien ; en conséquence, ils connaissent la douleur; alors ils éliminent tout amour et tout désir, puis ils méditent sur les huit modes de marche dans la Voie. »

Le roi dit :

« Que faut-il faire pour éliminer tout amour et tout désir ? »

Na-sien dit :

« Si l'on réfléchit sur la Voie en unifiant sa pensée, l'amour et le désir s'éteignent d'eux-mêmes. »

Le roi dit :

« Excellent ! Excellent ! »