T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.16.

Le roi interrogea de nouveau Na-sien, disant :

« Dans la voie bonne ou mauvaise où s'engage l'homme à sa mort, conserve-t-il l'âme de son ancien corps pour s'en aller renaître, ou renaît-il en l'échangeant contre une autre âme ? »

Na-sien dit :

« Ce n'est plus l'âme de son ancien corps ; il ne quitte pas non plus l'âme de son ancien corps. »

Et Na-sien demanda au roi :

« Le corps du roi adulte est-il le même que le corps du roi petit enfant à la mamelle ? »

Le roi dit :

« Mon corps du temps où j'étais petit était différent [de l'actuel]. »

Na-sien dit :

« L'essence séminale qui à l'origine constitue l'homme dans le ventre de la mère, lorsqu'elle s'épaissit, est-ce la même essence séminale ou une autre ? Lorsqu'elle se durcit en chair et en os, est-ce la même ou une autre ? A la naissance, puis à quelques années d'âge, est-ce la même ou une autre ? Si un homme étudie, son voisin peut-il faire son travail pour lui ? »

Le roi dit :

« Il ne peut le faire. »

Na-sien dit :

« Si un homme enfreint la loi et se rend coupable, peut-on prendre un innocent pour le remplacer ? »

Le roi dit :

« C'est impossible. »

Na-sien parlait au roi de l'essence séminale et du violateur de la loi ; mais l'esprit du roi ne s'éclairait pas. Aussi le roi dit :

« Si quelqu'un interrogeait Na-sien, que dirait Na-sien pour l'éclairer ? »

Na-sien dit :

« Mon corps n'est que l'ancien, celui du temps où j'étais petit. De l'enfance à l'âge adulte, ce n'est toujours que l'ancien corps. Grand ou petit, c'est un seul et même corps ; c'est la vie qui le fait croître. »

Na-sien demanda au roi :

« Si un homme allume la flamme d'une lampe, [arrive-t-il qu'elle brûle] jusqu'au point du jour ? »

Le roi dit :

« Si l'on allume une lampe, l'huile [peut] durer jusqu'au point du jour. »

Na-sien dit :

« [En ce cas,] la flamme de la mèche dans la lampe à une certaine heure de la nuit est-elle toujours l'ancienne flamme ? A minuit, au point du jour, est-elle toujours l'ancienne flamme ? »

Le roi dit :

« Elle n'est pas l'ancienne flamme. »

Na-sien dit :

« La flamme de la lampe étant allumée, l'а-t-on rallumée entre une certaine heure de la nuit et minuit? L'a-t-on rallumée de nouveau vers le matin ? »

Le roi dit :

« Non. La flamme allumée à minuit reste toujours la même flamme d'une seule mèche jusqu'au matin. »

Na-sien dit :

« Ainsi se déroule et se continue l'âme vitale de l'homme. L'un s'en va, l'un s'en vient. L'homme naît de l'âme vitale ; après la vieillesse et la mort, l'âme vitale se trouve dirigée vers une [nouvelle] naissance. Ce qui se déroule et se continue, ce n'est pas l'ancienne âme vitale ; il n'y a pas non plus abandon de l'ancienne âme vitale ; après la mort de l'homme, son âme vitale se trouve dirigée vers une [nouvelle] naissance. »

Na-sien dit :

« Par exemple, le lait se transforme en lait aigre ; sur celui-ci, on prend la graisse et on la frit pour en faire du ghee. Peut-on encore appeler lait le ghee et la graisse qui se trouve sur le lait aigre ? Le langage d'un homme [qui parlerait ainsi] serait-il adéquat ? »

Le roi dit :

« Il ne serait pas adéquat. »

Na-sien dit :

« L'âme de l'homme est pareille au lait. Du lait se forme le lait aigre ; du lait aigre se forme la graisse ; de la graisse se forme le ghee. Il en est de même de l'âme de l'homme. De la liqueur séminale, il naît; de la naissance, il parvient à l'âge adulte ; de l'âge adulte, à la vieillesse ; de la vieillesse, à la mort. Après la mort, son âme vitale reçoit un nouveau corps et il renaît. Un corps étant mort, il lui faut renaître avec un nouveau corps. Ainsi deux flammes s'allument l'une à l'autre. »

Le roi dit :

«Excellent ! Excellent ! »