T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.18.

Le roi demanda de nouveau :

« Ces hommes qui ne renaîtront pas pour une existence postérieure sont-ils doués, dès le présent, d'une sagesse différente de celle des [autres] hommes ? »

Na-sien dit :

« Oui, ils ont une sagesse différente de celle des [autres] hommes. »

Le roi dit :

« Peuvent-ils posséder la clairvoyance ? »

Na-sien dit :

« Oui, ils possèdent la clairvoyance. »

Le roi dit :

« Sagesse et clairvoyance sont-elles identiques ? »

Na-sien dit :

« Sagesse et clairvoyance sont absolument équivalentes. »

Le roi dit :

« Les hommes possédant la sagesse et la clairvoyance connaissent-ils à fond toutes choses, ou en est-il qu'ils ne parviennent pas à connaître ? »

Na-sien dit :

« Il est des choses que la sagesse de [ces] hommes atteint, il en est qu'elle n'atteint pas. »

Le roi dit :

« Qu'est-ce là : il est des choses que la sagesse atteint, il en est qu'elle n'atteint pas ? »

Na-sien dit :

« Ce que l'homme [doué de sagesse] ne parvient pas à connaître, c'est ce qu'il n'a pas appris précédemment ; ce qu'il parvient à connaître, c'est ce qu'il a appris précédemment. Le sage voit que les hommes et les dix mille êtres doivent tous passer, rentrer dans le vide, sans obtenir l'indépendance, que les plaisirs convoités par l'homme en son cœur sèment tous des racines de douleur, et que de là provient la douleur ; le sage connaît l'impermanence et l'inconstance. En cela la sagesse [religieuse] diffère de [la clairvoyance des autres] hommes. »

Le roi demanda :

« Pour un homme possédant la sagesse, où est l'ignorance ? »

Na-sien dit :

« Pour un homme possédant la sagesse, toute ignorance se dissipe d'elle-même. »

Na-sien dit :

« C'est comme un homme qui entre dans une chambre obscure avec une lampe allumée ; tout l'intérieur de la chambre s'éclaire et l'obscurité se dissipe. Il en est de même de la sagesse ; pour un homme possédant la sagesse, toute ignorance est entièrement dissipée. »

Le roi dit :

« Où est maintenant [après avoir dissipé l'ignorance] la sagesse de cet homme ? »

Na-sien dit :

« Une fois que l'homme a exercé sa sagesse, celle-ci s'éteint ; ce que la sagesse a fait reste fait. »

Na-sien dit :

« C'est comme un homme écrivant de nuit à la lumière d'une flamme : la flamme s'éteint, les caractères restent. De même, quand elle a produit quelque chose, la sagesse s'éteint ; l'œuvre de la sagesse demeure. »

Le roi dit :

« Ayant produit quelque chose, elle disparaît : que veut dire cela ? »

Na-sien dit :

« Supposons que des hommes, pour se prémunir contre un incendie, préparent cinq jarres d'eau destinées à réprimer le feu. S'il éclate un incendie, ces hommes prennent les cinq jarres d'eau ; l'eau est versée et éteint le feu. Le feu étant éteint, ces hommes ayant empêché l'incendie compteront-ils encore trouver les jarres intactes et les remporter chez eux pour s'en servir? »

Le roi dit :

« Ces hommes ne compteront plus sur les jarres et les briseront. L'incendie éteint, comment pourraient-ils compter encore sur les jarres ? »

Na-sien dit :

« Le religieux éteint tous les péchés avec les cinq bonnes pensées, de même que les jarres d'eau éteignent le feu. »

Le roi dit :

« Quelles sont les cinq bonnes [pensées] ? »

Na-sien dit :

« La première, croire au bien et au mal ; la seconde, ne pas commettre d'infraction aux défenses des sūtras ; la troisième, l'énergie spirituelle ; la quatrième, posséder la sagesse et réfléchir sur le bien ; le cinquième, réfléchir sur la Voie en unifiant sa pensée : voilà les cinq bonnes [pensées]. L'homme capable de pratiquer ces cinq bonnes [pensées] obtient la sagesse ; puis il connaît l'impermanence du corps et des myriades d'êtres ; puis il connaît la douleur et la non-obtention de l'indépendance ; puis il connaît la vacuité et qu'il n'est rien qui soit. »

Na-sien dit :

« C'est comme un médecin qui, muni des cinq sortes de médicaments, se rend chez un malade ; il- fait boire les médicaments au malade ; ayant bu les médicaments, le malade guérit. Le médecin comptera-t-il encore sur ces mêmes médicaments pour aller soigner de nouveaux malades ? »

Le roi dit :

« Il ne comptera plus sur les anciens médicaments. »

Na-sien dit :

« Les cinq sortes de médicaments sont pareils à la sagesse [résultant] des cinq bonnes [pensées] ; le médecin est pareil à l'homme recherchant la Voie ; la maladie est pareille à tous les péchés ; l'ignorant est pareil au malade ; celui qui a atteint la Voie de la traversée des existences est pareil au malade guéri. L'œuvre de la sagesse, c'est de faire parvenir l'homme à la Voie par laquelle on traverse les existences ; l'homme étant parvenu à la Voie, la sagesse s'éteint d'elle-même. »

Na-sien dit :

« De même un robuste guerrier, prenant un arc, tenant des flèches, s'avance vers l'ennemi ; il tire cinq flèches sur l'ennemi et obtient victoire. Cet homme s'attendra-t-il à ce que ses flèches lui reviennent ? »

Le roi dit :

« Il ne comptera plus sur ses flèches. »

Na-sien dit :

« Les cinq flèches sont les cinq [sortes de] sagesse de l'homme [résultant des cinq bonnes pensées] ; par la sagesse, le sage atteint la Voie, de même que le guerrier robuste obtient victoire ; le parti ennemi, ce sont tous les péchés. Avec les cinq bonnes pensées, le religieux éteint et élimine tous les péchés ; les péchés étant éteints, la sagesse naît. Par les bonnes [pensées] et la sagesse, l'homme obtient de réaliser la Voie par laquelle on traverse les existences ; elle est permanente et ne s'éteint point. »

Le roi dit :

« Excellent ! »