T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.19.

Le roi dit :

« Après avoir obtenu la Voie permettant de ne plus renaître pour une existence postérieure, un homme éprouve-t-il encore de la douleur ? »

Na-sien dit :

« Il y a quelque chose qui en éprouve ; il y a quelque chose qui n'en éprouve plus. »

Le roi dit :

« Éprouvant de la douleur, n'en éprouvant plus : que signifie cela ? »

Na-sien dit :

« Le corps seul éprouve de la douleur ; l'esprit n'en éprouve plus. »

Le roi dit :

« Le corps éprouve de la douleur, l'esprit n'en éprouve plus : que signifie cela ? »

Na-sien dit :

« Ce qui fait que le corps éprouve de la douleur, c'est que ce corps existe présentement : voilà pourquoi il éprouve de la douleur. L'esprit a rejeté les péchés ; il n'a plus de désirs : voilà pourquoi il n'éprouve plus de douleur. »

Le roi dit :

« Si l'homme ayant atteint la Voie ne peut se défaire de la douleur du corps, c'est qu'il n'a pas encore atteint la Voie du ni-yuan ? »

Le roi dit :

« Pour l'homme ayant atteint la Voie, il n'y a plus d'amour. [Mais] son corps souffre, [si] son esprit est en paix. A quoi sert d'atteindre la Voie ? »

Le roi dit :

« Supposons qu'un homme ait mené à bien d'atteindre la Voie. Pourquoi tarde—t—il encore [à en recueillir le fruit ?] »

Na-sien dit :

« C'est comme un fruit qui n'est pas encore mûr : on ne peut le faire mûrir de force ; mais aussi, dès qu'il est mûr, on n'a plus à attendre. »

Na-sien dit

« Ce que vient d'exprimer le roi par cette série [de questions], c'est ce qu'exposa Chö-li-yue. Chö-li-yue, de son vivant, dit :

« Je ne recherche pas la mort, je ne recherche pas non plus la vie ; j'attends seulement le temps. Venu le temps convenable, je m'en irai. »

Le roi dit :

« Excellent ! Excellent ! »