T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.20.

Le roi demanda : »

Si l'homme éprouve du plaisir, est-ce bien ou mal ? Si l'homme éprouve de la douleur, est-ce bien ou mal ? Le Buddha... ne peut ne pas avoir dit... s'il y a plaisir ou douleur... »

Le roi dit :

« S'il y a... c'est qu'il n'y a pas douleur... »

Na-sien interrogea le roi :

« Si un homme chauffe du fer et le met dans sa main, le fer brûlera-t-il la main de l'homme ? Ou encore, s'il prend de la glace et la met dans sa main, la glace brûlera-t-elle à son tour la main de l'homme ? »

Le roi dit :

« Oui, chacune de ses deux mains sera brûlée. »

Na-sien demanda au roi :

« Ainsi chacun des deux objets qu'il met dans ses mains est chaud? »

Le roi dit :

« Ils ne sont point chauds tous deux. »

Na-sien dit :

« Tous deux sont froids ? »

Le roi dit : »

Tous deux ne sont pas froids. »

Na-sien dit :

« L'intérieur des deux mains est brûlé. »

Na-sien dit :

« Je renouvelle ma question. Si l'un et l'autre sont chauds, il faut dire que tous deux sont chauds ; si l'un et l'autre sont froids, il faut dire que tous deux sont froids. Si l'un est froid et l'autre chaud, pour quelle raison peut-on dire de tous deux qu'ils brûlent les mains de l'homme ? »

Le roi dit :

« Mon intelligence est très superficielle et courte ; je ne suis pas de force [à résoudre] une difficulté pareille. Je serais heureux que Na-sien me l'expliquât. »

Na-sien dit :

« Un sūtra du Buddha l'expose. Il y a en tout six choses qui causent à l'homme une joie profane, [et six une joie religieuse]. Il y a encore six choses qui ne causent à l'homme ni joie ni tristesse [profanes, et six qui ne lui causent ni joie ni tristesse religieuses]. De plus, il y a six choses qui causent à l'homme une tristesse [profane, et six une tristesse religieuse].

Le roi demanda :

« Quelles sont les six choses causant à l'homme une joie profane ? »

Na-sien dit :

« 1° L'œil regarde et il y a espoir ; cela cause à l'homme une joie profane. 2° L'oreille entend de beaux sons et il y a espoir ; cela cause, etc. 3° Le nez perçoit de bonnes odeurs et il y a espoir ; cela cause, etc. 4° La langue obtient d'excellentes saveurs ; cela cause, etc. 5° Le corps obtient des [sensations tactiles produites par des objets] fins et doux et il y a espoir; cela cause, etc. 6° L'esprit obtient des perceptions agréables et il y a espoir; cela cause, etc. Telles sont les six choses causant à l'homme une joie profane. »

Le roi demanda encore :

« Quelles sont les six choses causant à l'homme une joie religieuse ? »

Na-sien dit :

« 1° L'œil voit de belles formes ; on réfléchit sur le fait qu'on ne peut les obtenir de façon permanente, que toutes seront enlevées ; alors on médite sur l'impermanence foncière ; cela cause à l'homme une joie religieuse. 2° L'oreille entend de beaux sons ; on réfléchit, etc. 3° Le nez perçoit de bonnes odeurs, etc. 4° La bouche obtient d'excellentes saveurs, etc. 5° Le corps obtient du fin et du doux, etc. 6° L'esprit conçoit l'amour et le désir ; on médite sur leur impermanence et sur le fait qu'ils nous seront enlevés ; ayant réfléchi, on éprouve de la joie. Telles sont les six choses qui causent à l'homme une joie religieuse ».

Le roi demanda encore :

« Quelles sont les six choses qui causent à l'homme une tristesse profane ? »

Na-sien dit :

« 1° Ce qui n'est pas une joie pour l'œil, le voir ; cela cause à l'homme une tristesse profane. 2° Ce que l'oreille ne désire pas entendre, l'entendre, etc. 3° Ce que le nez ne désire pas sentir, etc. 4° Ce que la bouche ne désire pas obtenir, etc. 5° Ce que le corps ne désire pas toucher, etc. 6° [Les pensées] où l'esprit ne peut trouver de joie, les avoir, cela cause à l'homme une tristesse profane. Telles sont les six choses causant à l'homme une tristesse profane. »

(Le roi demanda encore :

« Quelles sont les six choses extérieures qui causent tristesse à l'homme ? »

Na-sien dit :

« 1° L'œil voit des formes laides ; cela cause, etc. 2° L'oreille entend des sons laids, etc. 3° Le nez perçoit des odeurs fétides, etc...)

Le roi demanda encore :

« Quelles sont les six choses qui ne causent à l'homme ni tristesse ni joie [profanes] ? »

Na-sien dit :

« 1° L'œil voit [les formes et l'homme ne ressent] ni tristesse ni joie. 2° L'œil entend les sons, etc. 3° Le nez perçoit [les odeurs], etc. . . . Telles sont les six choses qui ne causent à l'homme ni joie ni tristesse [profanes]. »

[Le roi demanda :

« Quelles sont les six choses qui ne causent à l'homme ni joie ni tristesse religieuses ? »

Na-sien dit, etc.]

[Le roi demanda :

« Quelles sont les six choses qui causent à l'homme une tristesse profane ? »

Na-sien dit, etc.]

Le roi demanda encore :

« Quelles sont les six choses causant à l'homme une tristesse [religieuse] ? »

Na-sien dit :

« 1° Ce que voit l'œil meurt; en conséquence, on réfléchit sur l'impermanence du corps et des myriades d'êtres, et l'on se dit : Moi qui fais cette réflexion, pourquoi est-ce que je n'obtiens pas la Voie ? On éprouve ainsi une tristesse religieuse. 2° L'oreille ne prend pas plaisir aux beaux sons ; on y réfléchit et l'on se dit, etc. 3° Le nez ne prend pas plaisir aux odeurs, etc. 4° La bouche ne goûte ni l'amer ni le savoureux, etc. 5° Le corps n'aime pas le fin ou le doux, ni ne déteste le rude ou le dur, etc. 6° L'esprit ne trouve pas de joie aux passions, etc... Telles sont les six choses causant à l'homme une tristesse religieuse. »

Le roi dit :

« Excellent ! Excellent ! »