T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.25.

Le roi demanda encore à Na-sien :

« De toutes les choses passées, futures et présentes, — de ces trois [catégories de] choses, où est la racine ? »

Na-sien dit :

« Des choses passées, futures et présentes, c'est l'ignorance qui est la racine. Étant née, l'ignorance donne naissance à l'âme ; l'âme donne naissance au corps ; le corps donne naissance au nom ; le nom donne naissance à la forme ; la forme engendre les six connaissances. La première est la connaissance par l'œil ; la seconde est la connaissance par l'oreille ; la troisième est la connaissance par le nez ; la quatrième est la connaissance par la bouche ; la cinquième est la connaissance par le corps ; la sixième est la connaissance par l'esprit : telles sont les six connaissances. Ces six choses sont toutes tournées vers l'extérieur. Qu'est-ce qui est tourné vers l'extérieur ? L'œil est tourné vers la forme ; l'oreille est tournée vers le son ; le nez est tourné vers l'odeur ; la bouche est tournée vers la saveur ; le corps est tourné vers ce qui est doux ; le cœur est tourné vers le désir : telles sont les six [connaissances] tournées vers l'extérieur. Ce qu'on appelle p'ei [sparça], c'est la réunion. [Par le] p'ei, on connaît la douleur et on connaît le plaisir ; de la douleur et du plaisir naît l'amour ; de l'amour naît le désir ; du désir naît l'existence, et l'on renaît, d'où résulte la vieillesse ; de la vieillesse résulte la maladie ; de la maladie résulte la mort ; de la mort résultent les lamentations ; des lamentations résulte la tristesse; de la tristesse résulte l'affliction intérieure du cœur. Toutes ces douleurs réunies sont comprises sous le nom d'homme. Voilà pourquoi il n'est point d'interruption des naissances et des morts de l'homme, et pourquoi la racine [l'origine première] du corps de l'homme ne peut être obtenue. »

Na-sien dit :

« Par exemple, un homme sème les cinq [sortes de] graines : il en naît des racines ; des racines naissent des tiges, des feuilles, des fruits ; de sorte qu'enfin il obtient des graines. L'année suivante, il sème de nouveau et obtient des graines en grande quantité. »

Na-sien demanda au roi :

« Si un semeur de graines en sème chaque année, y a-t-il un temps d'interruption où les graines cessent de naître ? »

Le roi dit :

« Si l'on sème des graines chaque année, il n'y a pas de temps d'interruption où elles cessent de naître. »

Na-sien dit :

« Il en est de même des naissances de l'homme. Elles se produisent les unes les autres par roulement et il n'est point de temps d'interruption. »

Na-sien dit :

« Da même la poule donne naissance à l'œuf, l'œuf à la poule ; de l'œuf naît l'œuf, de la poule la poule. Il en est ainsi des naissances et des morts de l'homme : elles ne sont jamais interrompues. »

Puis Na-sien dessina sur le sol une roue de char et demanda au roi :

« Or donc, cette roue a-t-elle des angles ? »

Le roi dit :

« Elle est parfaitement ronde et n'a point d'angles. »

Na-sien dit :

« Un sūtra du Buddha l'expose : Les naissances et les morts de l'homme sont pareilles à une roue de char ; elles se produisent les unes les autres par roulement et il n'est point de temps d'interruption. »

Na-sien dit :

« Par suite de l'œil et des formes des dix mille êtres, la conscience de l'homme perçoit ; ces trois choses [organe, objet, perception] se réunissent ; par suite de leur réunion naissent la douleur et le plaisir ; par suite de la douleur et du plaisir naît l'amour ; par suite de l'amour naît le désir ; par suite du désir naît l'existence ; par suite de l'existence, on naît ; par suite de la naissance, on fait le bien et le mal ; par suite du bien et du mal, on renaît. [Par suite de] l'oreille et du son entendu, la conscience perçoit ; ces trois choses sont réunies, etc. [Par suite du] nez et de l'odeur, etc. [Par suite de] la bouche, etc. [Par suite du] corps, etc. [Par suite de] l'esprit et de la pensée qu'il a, etc... on renaît. »

Na-sien dit :

« [Les existences de] l'homme se produisent les unes les autres par roulement ; il n'y a pas d'interruption. »

Le roi dit :

« Excellent ! »