T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.26.

Le roi dit encore à Na-sien :

« Vous dites, Seigneur, que des naissances et des morts de l'homme on ne peut obtenir la racine. On ne peut obtenir la racine : que signifie cela ? »

Na-sien dit :

« Ce qui [n']a [pas] racine doit ne plus renaître. Ce qui a racine doit passer encore. C'est en cela qu'il existe une racine. »

Le roi dit :

« Ce qui n'a pas racine doit ne plus renaître, ce qui présentement a racine doit passer. Ainsi la racine existe [dans le cas où il n'y a] pas encore interruption ? »

Na-sien dit :

« Oui. Tout doit passer. »

Le roi demanda encore à Na-sien :

« Pour les naissances et les morts de l'homme, y a-t-il augmentation à partir des côtés ? »

Na-sien interrogea le roi, disant :

« Pour les hommes de ce monde et les espèces qui se traînent et rampent, y a-t-il augmentation à partir des côtés ? »

Le roi dit :

« Je n'interroge pas Na-sien sur les hommes de ce monde ou les espèces qui se traînent et rampent. Je désire seulement vous interroger sur la racine des naissances et des morts de l'homme. »

Na-sien dit :

« La naissance de l'arbre a pour racine [pour origine] le plant ; la naissance des cinq sortes de graines a pour racine la graine. Chacun des dix mille êtres sous le ciel naît d'une racine particulière à son espèce. L'homme tire sa racine des six passions et de l'amour. »

Na-sien dit :

« Chez l'homme, il y a l'œil, il y a la forme, il y a la conscience ; il y a l'oreille, le son, la conscience ; il y a le nez, l'odeur, la conscience ; il y a le corps, le fin et le doux, la conscience ; il y a l'esprit, les dharma, la conscience. La réunion de tous [ces éléments] constitue le p'ei [sparça]. Du p'ei naissent la douleur et le plaisir ; de la douleur et du plaisir naît l'amour ; de l'amour, le désir ; du désir, l'existence ; de l'existence, la naissance ; de la naissance proviennent la vieillesse et la maladie ; de la maladie, la mort et la tristesse ; de la tristesse, les lamentations ; par suite des lamentations, le cœur est affligé intérieurement. Ainsi naît l'homme. »

Na-sien dit :

« S'il n'y a ni œil ni forme vue, on ne perçoit pas ; du fait qu'on ne perçoit pas, il n'y a pas réunion ; s'il n'y a pas réunion, il n'y a ni douleur ni plaisir, etc... et le cœur n'est pas affligé intérieurement. Si toutes ces douleurs n'existent pas, on est délivré, on obtient la Voie du ni-yuan. — S'il n'y a ni oreille ni chose entendue, ni nez ni chose sentie, ni bouche ni chose goûtée, ni corps ni fin ni doux, ni esprit ni chose pensée, — s'il n'y a pas de chose pensée, il n'y a pas de p'ei ; s'il n'y a pas de p'ei, il n'y a ni douleur ni plaisir... ni amour... ni désir... ni embryon... ni rien qui naisse... ni naissance... ni vieillesse, ni maladie, ni mort, ni tristesse, ni lamentations, ni affliction intérieure du cœur. S'étant défait de toutes les douleurs, on obtient la Voie du ni-yuan. »

Le roi dit :

« Excellent ! »