T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.27.

Le roi interrogea encore Na-sien :

« Dans ce monde, y a-t-il des êtres qui naissent spontanément ? »

Na-sien dit :

« Il n'y a pas d'êtres naissant spontanément. Tous doivent avoir une cause. »

Na-sien demanda donc au roi :

« L'édifice où est maintenant assis le roi, est-ce le travail des hommes qui l'a créé, ou s'est-il produit spontanément ? »

Le roi dit :

« Le travail des hommes l'a créé. Les poutres de bois furent tirées d'arbres ; l'argile des murs fut tirée du sol. »

Na-sien dit :

« Il en est de même des naissances des hommes. Une réunion d'éléments [dhātu] constitue l'homme. Voilà pourquoi il n'est point d'êtres naissant spontanément ; tous ont une cause.

« Na-sien dit :

« De même un potier, pour fabriquer un pot, prend de la terre et de l'eau, les combine pour en faire de la boue, dont, l'ayant cuite, il fabrique des pots et des objets divers. Cette boue ne peut constituer d'elle-même un pot ; il doit y avoir à la fois travail d'homme, bois et feu : alors seulement le pot est constitué. Il n'est rien en ce monde qui naisse spontanément. »

Na-sien dit au roi :

« C'est comme un luth k'ong-heou ; sans cordes, sans chevalets, sans joueur, peut-il produire des sons ? »

Le roi dit :

« Il ne peut produire des sons de lui-même. »

Na-sien dit :

« Étant donné le k'ong-heou, s'il y a des cordes, des chevalets et le travail d'un homme pour en jouer, un son en sort-il ? »

Le roi dit :

« Il y a un son. »

Na-sien dit :

« C'est ainsi qu'il n'est point sous le ciel d'êtres naissant spontanément; tous doivent avoir une cause. »

Na-sien interrogea le roi :

« C'est comme le souei [servant à produire] le feu par forage ; sans les deux [pièces de] bois, sans l'homme qui fore, peut-on obtenir du feu ? »

Le roi dit :

« On n'en peut obtenir. »

Na-sien dit :

« S'il y aies deux pièces de bois et un homme qui fore, peut-on produire du feu ? »

Le roi dit :

« Oui. Dans ces conditions, le feu naîtra. »

Na-sien dit :

« Il n'est point sous le ciel d'êtres naissant spontanément ; tous doivent avoir une cause. »

Na-sien demanda au roi :

« C'est comme le crochet souei solaire. Sans personne pour le tenir, sans soleil ni ciel, peut-on obtenir du feu ? »

Na-sien dit :

« S'il y a un homme tenant le souei solaire, s'il y a le ciel et le soleil, peut-on obtenir du feu ? »

Le roi dit :

« On en obtient. »

Na-sien dit :

« Il n'est point sous le ciel d'êtres qui naissent spontanément ; tous doivent avoir une cause. »

Na-sien dit :

« C'est comme un homme sans miroir ni lumière ; s'il veut se mirer, pourra-t-il voir sa propre image ? »

Le roi dit :

« Il ne pourra se voir. »

Na-sien dit :

« S'il y a miroir, lumière et homme, pourra-t-il voir sa propre image en se mirant ? »

Le roi dit :

« Oui, dans ces conditions il pourra se voir. »

Na-sien dit :

« Il n'est point sous le ciel d'êtres naissant spontanément ; tous doivent avoir une cause. »

Le roi dit :

« Excellent ! »