T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.3.

Le roi dit :

« Je désire poser une question. »

Na-sien dit :

« Que le roi la pose. »

Le roi dit :

« Je l'ai déjà posée. »

Na-sien dit :

« J'y ai déjà répondu. »

Le roi dit :

« Que m'avez-vous répondu ? »

Na-sien dit :

« Et que m'a demandé le roi ? »

Le roi dit :

« Je n'ai rien demandé. »

Na-sien dit :

« Et je n'ai rien répondu. »

Le roi fit cette réflexion :

« Ce cha-men est d'une grande et haute intelligence ; dès l'abord, j'aurai bien des questions à lui poser. »

Le roi fit cette réflexion :

« Le jour va tomber. Que faire ? Demain il faudra inviter Na-sien à venir au palais, pour qu'excellemment nous discutions sur les points difficiles et nous interrogions. »

Le roi ordonna à Tien-mi-li de dire à Na-sien :

« Aujourd'hui, nous sommes pressés par le crépuscule. Vous serez invité demain à venir au palais, pour discuter excellemment avec le roi sur les points difficiles et vous poser des questions mutuelles. »

Aussitôt Tien-mi-li et Wang-k'iun dirent à Na-sien :

« Le jour va tomber ; le roi doit rentrer au palais. Demain le roi invitera Na-sien. »

Na-sien dit :

« Fort bien. »

Le roi salua Na-sien, monta à cheval et s'en retourna au palais. Sur son cheval, il continua à penser au nom de Na-sien ; tout en y pensant, il éprouvait le besoin de dire :

« Na-sien ! Na-sien ! »

Il y pensa jusqu'au lendemain.

Le lendemain, Tien-mi-li, Wang-k'iun et les ministres de l'entourage dirent au roi :

« Faut-il vraiment inviter Na-sien ? »

Le roi dit :

« Il faut l'inviter. »

Tien-mi-li et Wang-k'iun dirent :

«Avec combien de cha-men faut-il l'inviter ? »

Le roi dit :

« Avec autant de cha-men qu'il voudra. »

Le trésorier du roi s'appelait K'ien [

« Avare »]. K'ien déclara au roi :

« Que Na-sien vienne avec dix cha-men ; cela suffira. »

Le roi répéta :

« Na-sien est autorisé à venir avec autant de cha-men qu'il voudra. »

K'ien répéta au roi :

« Que Na-sien vienne avec dix cha-men ; cela suffira. »

Le roi répéta :

« Na-sien est autorisé à venir avec autant de cha-men qu'il voudra. »

K'ien répéta au roi :

« Que Na-sien vienne avec dix cha-men ; cela suffira. »

L'entendant parler ainsi un grand nombre de fois, le roi se fâcha contre K'ien :

« En vérité, tu es un avare sans égal ; ce n'est pas en vain que ton nom est Avare ! Tu économises de force les biens du roi : que doit-il en être de tes propres biens ! Ne sais-tu pas qu'en s'opposant à mes volontés on mérite la peine capitale ? »

Le roi dit :

« Puis-je te pardonner ta faute ? Or donc, moi qui suis roi, je ne serais pas en état de nourrir des cha-men ? »

Alors K'ien fut accablé de honte et de remords et n'osa plus souffler mot.

Tien-mi-li et Wang-k'iun se rendirent auprès de Na-sien, s'avancèrent, le saluèrent et lui dirent :

« Le grand roi invite Na-sien. »

Na-sien dit :

« Avec combien de cha-men le roi veut-il que j'aille ? »

Tien-mi-li et Wang-k'iun dirent :

« Avec autant de cha-men qu'il plaira à Na-sien. »

Alors Na-sien alla avec quatre-vingts cha-men, Ye-ho-lo et autres ; Tien-mi-li et Wang-k'iun les accompagnèrent.