T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.36.

Le roi interrogea de nouveau Na-sien :

« L'homme peut-il reconnaître la saveur du sel en la regardant par l'œil? »

Na-sien dit :

« La connaissance du roi est donc telle qu'il puisse connaître la saveur du sel en la regardant par l'œil ? »

Le roi dit :

« L'œil ne connaît-il pas la saveur du sel ? »

Na-sien dit :

« Par la langue seule, l'homme peut connaître la saveur du sel ; il ne peut la connaître par l'œil. »

Le roi reprit :

« Ainsi l'on connaît les saveurs par la langue. »

Na-sien dit :

« C'est toujours par la langue que l'on reconnaît les saveurs. »

Le roi dit :

« Les saveurs salées, est-ce dans tous les cas nécessairement par la langue qu'on les reconnaît ? »

Na-sien dit :

« Oui, par la langue seule. »

Le roi demanda encore :

« Supposons un char transportant du sel, et des bœufs sous le joug. Les bœufs du char de sel peuvent-ils reconnaître la saveur du sel ? »

Na-sien dit :

« Les bœufs du char ne peuvent la connaître. »

Le roi demanda à Na-sien :

« La saveur du sel peut-elle être pesée ? »

Na-sien dit :

« La sagesse du roi est donc telle qu'il puisse peser la saveur du sel ? »

Le roi interrogea Na-sien, [qui] dit :

« La saveur du sel ne peut être pesée ; seul son poids peut être pesé. »

Le roi dit :

« Excellent ! »