T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.39.

Le roi interrogea de nouveau Na-sien :

« Si parmi les hommes il en est qui se proposent de faire le bien, doivent-ils le faire avant ou après ? »

Na-sien dit :

« Il faut le faire à l'avance. Faire le bien plus tard ne peut profiter à l'homme ; faire le bien à l'avance lui profite. »

Na-sien demanda au roi :

« Le roi ayant soif, si c'est au moment où il désire boire qu'il fait creuser le sol et établir un puits, pourra-t-il aller boire ? »

Le roi dit :

« Je ne pourrai aller boire. Le seul procédé est de faire le puits à l'avance. »

Na-sien dit :

« Il en est de même de l'homme. Tout ce que fait l'homme, il doit le faire à l'avance ; le faire plus tard est sans profit. »

Na-sien demanda au roi :

« Est-ce quand on a faim qu'on doit faire labourer et semer, [se condamnant ainsi à] attendre que les graines soient mûres pour manger ? »

Le roi dit :

« Non. Il faut avoir des provisions d'avance. »

Na-sien dit :

« Il en est de même de l'homme : il doit faire le bien à l'avance. Si l'on est pressé, faire le bien ne profite pas à la personnalité. »

Na-sien demanda au roi :

« Supposons que le roi ait un ennemi. Est-ce lorsqu'il lui faudra bientôt partir en guerre que le roi pourra faire dresser les chevaux et les éléphants, instruire les hommes, fabriquer les armes de guerre ? »

Le roi dit :

« Non. Il faut avoir des provisions d'avance ; alors, quand le moment est proche, on peut faire la guerre. Dresser les chevaux, les éléphants et instruire les hommes quand le moment est proche, cela est sans profit. »

Na-sien dit :

« Un sūtra du Buddha l'expose en ces termes : L'homme doit à l'avance et spontanément penser à son corps et faire le bien ; faire le bien plus tard ne profite pas. »

Na-sien dit au roi :

« Ne quittez pas la grande voie pour prendre une voie détournée. Celui qui n'a pas accompli un effort efficace, le stupide, qui abandonne le bien et fait le mal, s'assied ensuite et se lamente : il n'y a point là de profit. Si l'on abandonne la morale droite pour s'attacher à ce qui n'est pas droit, on éprouve, aux approches de la mort, un repentir tardif. »

Le roi dit :

« Excellent ! Excellent ! »