T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.4.

A l'aube, comme ils allaient entrer dans la ville murée, Tien-mi-li et Wang-k'iun, chemin faisant, interrogèrent tous deux Na-sien :

« Hier vous avez dit au roi : Il n'y a pas de Na-sien. Qu'avez-vous voulu dire par là ? »

Na-sien demanda à Tien-mi-li et à Wang-k'iun :

« Que pensez-vous, Seigneurs, que soit Na-sien ? »

Tien-mi-li et Wang-k'iun dirent :

« Nous pensons que le souffle, l'air vital qui sort et entre, sont Na-sien. »

Na-sien interrogea Tien-mi-li et Wang-k'iun, disant :

« Si l'haleine d'un homme, une fois sortie, ne rentre plus, cet homme vivra—t—il ? »

Tien-mi-li et Wang-k'iun dirent :

«Si l'haleine sort et ne rentre pas, il est bien certain que l'homme mourra. »

Na-sien dit :

« Par exemple, l'haleine d'un homme qui souffle du cornet, une fois sortie, ne rentre plus. Ou encore, l'haleine d'un homme qui souffle sur le feu avec un soufflet de forgeron, une fois sortie, rentre-t-elle ? »

Tien-mi-li et Wang-k'iun dirent :

« Elle ne rentre pas. »

« Ou encore, l'haleine d'un homme qui souffle vers le sol dans une corne, une fois sortie, rentre-t-elle ? »

Tien-mi-li et Wang-k'iun dirent :

« Elle ne rentre pas. »

Na-sien dit :

« Si cette même haleine sort et ne rentre pas, pourquoi l'homme ne meurt-il pourtant pas? »

Tien-mi-li et Wang-k'iun dirent :

« En ce qui concerne le souffle, nous ne pouvons savoir... Veuillez nous l'expliquer. »

Na-sien dit :

« L'air du souffle n'est qu'une affaire dans le corps. Ainsi, si le cœur de l'homme conçoit quelque chose, c'est la langue qui l'exprime : c'est l'affaire de la langue ; si l'esprit a un doute, c'est le cœur qui le conçoit : c'est l'affaire du cœur. Chacun [de ces éléments] a son domaine propre. Pour qui les considère discriminativement, tout est vacuité : il n'y a pas de Na-sien. »

Alors les cœurs de Tien-mi-li et de Wang-k'iun s'ouvrirent et se délièrent, et ils reçurent les cinq défenses et devinrent yeou-p'o-sö.

Et Na-sien, allant de l'avant, pénétra dans le palais, arriva chez le roi, monta dans l'édifice surélevé ; et le roi salua Na-sien et s'écarta. Et Na-sien s'assit ; les quatre-vingts cha-men s'assirent tous ensemble. Le roi fit préparer les aliments les plus délicats ; il les servit de sa main à Na-sien et nourrit tous les cha-men. Lorsqu'ils eurent fini de manger et se furent lavé les mains, le roi donna à chaque cha-men un kia-cha [kāsāya] doublé et une paire de chaussures de cuir ; à Na-sien et à Ye-ho-lo chacun, trois kia-cha et une paire de chaussures de cuir. Le roi dit à Na-sien et à Ye-ho-lo :

« Gardez dix hommes pour rester avec vous ; renvoyez tous les autres. »

Aussitôt Na-sien renvoya les autres cha-men ; il en resta dix. Le roi ordonna aux concubines et aux femmes du gynécée de sortir toutes pour se rendre dans l'édifice surélevé, sous une tenture, et l'écouter discuter avec Na-sien sur les points difficiles des sūtras et de la Voie. Toutes les concubines et les femmes se rendirent dans l'édifice surélevé, sous une tenture, pour écouter Na-sien prêcher les sūtras. Alors le roi, prenant un siège, s'assit devant Na-sien.