T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.40.

Le roi demanda encore à Na-sien :

« Les cha-men de votre espèce disent que le feu de ce monde n'est pas si chaud que le feu du ni-li [niraya]. Vous dites encore que si l'on met une petite pierre dans le feu de ce monde jusqu'au soir, elle ne se consume pas ; vous dites encore que si l'on prend une pierre très grande et qu'on la mette dans le feu du ni-li, elle est anéantie. Cela me cause des doutes. Vous dites en outre : un homme qui a fait le mal [réside au] ni-li [après sa mort] ; pendant plusieurs milliers de myriades d'années, cet homme ne se consume ni ne meurt. Un tel langage me cause des doutes plus graves encore. »

Na-sien demanda au roi :

« Le roi a-t-il entendu dire, ou vu, qu'il y ait dans l'eau des femelles de pythons, de crocodiles, de tortues, de crabes, et qu'étant fécondées elles se nourrissent de sable et de pierres ? »

Le roi dit :

« Oui. Toutes s'en nourrissent. »

Na-sien demanda au roi :

« Le sable et les pierres se dissolvent-ils dans leur ventre ? »

Le roi dit :

« Oui, tout est dissous. »

Na-sien dit :

« Et leur portée est-elle aussi dissoute dans leur ventre ? »

Le roi dit :

« Elle n'est point dissoute. »

Na-sien interrogea le roi, disant :

« Pour quelle raison ? »

Le roi dit :

« La seule raison en est la nécessité naturelle des conditions antérieures interdépendantes. »

Na-sien dit :

« Il en est de même des hommes au ni-li. Si pendant plusieurs milliers de myriades d'années ces hommes ne se consument ni ne meurent, c'est que les péchés commis par eux ne sont pas encore épuisés ; voilà pourquoi ils ne se consument ni ne meurent. »

Na-sien demanda au roi :

« Les lionnes, les tigresses, les louves, les chiennes, les chattes, pendant leur gestation, se nourrissent toutes de chair, dont elles mâchent les os ; entrés dans leur ventre, la chair et les os se dissolvent-ils ? »

Le roi dit :

« Tout est anéanti. »

Na-sien demanda au roi :

« Et leur portée dans leur ventre, est-elle aussi dissoute ? »

Le roi dit :

« Non. »

Na-sien dit :

« Pour quelle raison ? »

Le roi dit :

« C'est à cause seulement des conditions antérieures interdépendantes qu'elle n'est point dissoute. »

Na-sien dit :

« Il en est de même des hommes au ni-li. Si pendant plusieurs milliers de myriades d'années ils ne se consument ni ne meurent, c'est que la dette des crimes commis par eux n'est pas encore acquittée ; voilà pourquoi ils ne se consument ni ne meurent. »

Na-sien interrogea le roi :

« Les vaches, les juments, les ânesses, les femelles du grand cerf mi et les biches, pendant leur gestation, se nourrissent-elles toutes d'herbes ? »

Le roi dit :

« Oui, toutes s'en nourrissent. »

Na-sien dit :

« Cette herbe se dissout-elle dans leur ventre ? »

Le roi dit :

« Elle s'anéantit toute. »

Na-sien dit :

« Leur portée, dans leur ventre, est-elle anéantie ? »

Le roi dit :

« Non point. »

Na-sien dit :

« Pour quelle raison ? »

Le roi dit :

« La seule raison en est la nécessité naturelle des conditions antérieures interdépendantes. »

Na-sien dit :

« Il en est de même des hommes au ni-li. Ils ne se consument ni ne meurent, parce que leurs péchés ne sont pas épuisés. »

Na-sien interrogea le roi :

« Les dames nobles, les femmes de maîtres de maison et de familles riches, ne goûtent que mets et boissons choisis et mangent ce qui leur plaît. Les mets se dissolvent-ils dans leur ventre ? »

Le roi dit :

« Tout est dissous. »

Na-sien demanda au roi :

« Les enfants qu'elles portent dans leur sein sont-ils dissous ? »

Le roi dit :

« Ils ne sont pas dissous. »

Na-sien dit :

« Pour quelle raison ? »

Le roi dit :

« C'est à cause seulement des conditions antérieures interdépendantes. »

Na-sien dit :

« Il en est de même des hommes au ni-li. Pourquoi pendant plusieurs milliers de myriades d'années ne se consument-ils ni ne meurent-ils ? Parce que la dette des crimes commis par eux dans leurs existences antérieures n'est pas acquittée. Voilà pourquoi ils ne se consument ni ne meurent. »

Na-sien dit :

« Les hommes naissent au ni-li, grandissent au ni-li, vieillissent au ni-li. Quand leurs péchés sont épuisés, alors ils peuvent mourir. »

Le roi dit :

« Excellent ! Excellent ! »