T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.59.

Le roi demanda encore à Na-sien :

« Se souvient-on des actes commis dans un passé éloigné ? »

Na-sien dit :

« Tout homme, quand il est triste, se souvient des choses passées depuis longtemps. »

Le roi dit :

« Comment s'en souvient-on ? s'en souvient-on par la pensée ou par la mémoire ? »

Na-sien interrogea le roi :

« Est-il arrivé au roi, ayant appris quelque chose, de chercher plus tard à se le remémorer ? »

Le roi dit :

« Oui. Il m'est arrivé, ayant appris quelque chose, de soudain l'oublier plus tard. »

Na-sien dit :

« En ce moment-là, si le roi oubliait, était-ce qu'il n'eût pas de pensée ? »

Le roi dit :

« C'est la mémoire que j'avais alors perdue. »

Na-sien dit :

« On peut distinguer que le roi a de la ressemblance... »

Le roi demanda encore à Na-sien :

« Ayant agi, se souvient-on de tous ses actes par la mémoire ? Ainsi, les actes commis au commencement, les actes commis dans le présent, les connaît-on tous par la mémoire ? »

Na-sien dit :

« Les choses passées sont toutes connues par la mémoire ; les choses présentes sont aussi connues par la mémoire. »

Le roi dit :

« Ainsi l'homme ne se souvient que des choses passées ; il ne peut se souvenir à leur tour des choses récentes. »

Na-sien dit :

« Si l'on ne pouvait se souvenir d'un acte récent, il en serait ainsi. »

Le roi dit :

« Un homme ayant récemment étudié l'écriture ou un art a-t-il perdu sa peine ? »

Na-sien dit :

« [En ce qui concerne] un homme ayant récemment étudié l'écriture ou le dessin, [voici ce qui en est :] parce qu'il existe une mémoire [des choses récentes], on fait obtenir aux disciples et aux étudiants la connaissance [de l'écriture ou du dessin] ; cela suffit à démontrer qu'il existe une mémoire des choses récentes. »

Le roi dit :

« Excellent ! Excellent ! »