T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.60.

Le roi demanda encore à Na-sien :

« Par combien de choses la mémoire se produit-elle chez l'homme et se souvient-on ? »

Na-sien dit :

« Il y a en tout seize choses qui donnent naissance à la mémoire chez l'homme.

  1. Ce qu'on a fait dans un passé éloigné donne naissance à la mémoire.
  2. Avoir appris quelque chose récemment donne naissance à la mémoire.
  3. De grands événements donnent naissance à la mémoire.
  4. Penser au bien donne naissance à la mémoire.
  5. Une douleur éprouvée jadis donne naissance à la mémoire.
  6. La réflexion personnelle donne naissance à la mémoire.
  7. Les divers actes commis dans le passé donnent naissance à la mémoire.
  8. Instruire quelqu'un donne naissance à la mémoire.
  9. Le signe spécifique donne naissance à la mémoire.
  10. Avoir oublié quelque chose donne naissance à la mémoire.
  11. La connaissance des sceaux donne naissance à la mémoire.
  12. Le calcul donne naissance à la mémoire.
  13. Avoir des dettes donne naissance à la mémoire.
  14. L'unification de la pensée donne naissance à la mémoire.
  15. La lecture d'un écrit donne naissance à la mémoire.
  16. Revoir quelque chose qu'on avait confié à d'autres donne naissance à la mémoire.

    Voilà les seize choses donnant naissance à la mémoire. »

1° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que le souvenir de [ce qui date de] longtemps ? »

Na-sien dit :

« Le disciple du Buddha, A-nan [Ānanda], ainsi que la disciple, la yeou-p'o-yi Kieou-tch'eou-tan-lo [Kubjottarā upāsikā], se souvenaient des choses de leurs existences antérieures, de mille, cent mille existences, et les autres religieux de la catégorie d'A-nan et de la disciple — leur nombre est très grand — ont tous le pouvoir de se souvenir des choses des existences passées ; ils s'en souviennent, et ainsi la mémoire se produit en eux. »

2° Le roi demanda encore :

« Qu'est-ce que la mémoire née de ce qu'on a appris récemment ? »

Na-sien dit :

« Par exemple un homme, après avoir appris le calcul, l'oublie ; en voyant quelqu'un calculer, la mémoire renaît en lui. »

3° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née d'un grand événement ? »

Na-sien dit :

« Par exemple un prince héritier, ayant été fait roi, se souvient [du jour où il le fut et] de l'élévation et des honneurs de la royauté. Telle est la mémoire née d'un grand événement. »

4° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née du fait de penser au bien ? »

Na-sien dit :

« Par exemple, on a été invité par quelqu'un qui vous a traité avec la plus grande bonté ; on s'en souvient et l'on dit : Naguère je fus invité par un tel ; il traite les gens avec bonté. C'est ainsi que penser au bien donne naissance à la mémoire. »

5° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née d'une douleur reçue ? »

Na-sien dit :

« Par exemple on a été frappé, ligoté, emprisonné par quelqu'un. C'est là une douleur reçue qui donne naissance à la mémoire. »

6° Le roi interrogea encore Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née de la réflexion personnelle ? »

Na-sien dit :

« C'est par exemple [le souvenir de ce qu'on a vu (?), comme la famille, les consanguins, les animaux domestiques. Telle est la mémoire née de la réflexion personnelle. »

7° Le roi interrogea encore Na-sien, disant :

« Qu'est-ce que la mémoire née des divers actes commis dans le passé ? »

Na-sien dit :

« [Cette sorte de mémoire s'applique] par exemple aux noms, aux dénominations des hommes et des dix mille êtres, aux formes extérieures, aux odeurs agréables ou mauvaises, aux saveurs douces ou amères. C'est le souvenir de toutes ces choses qui constitue la mémoire née de la diversité des choses passées. »

8° Le roi interrogea encore Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née du fait d'instruire quelqu'un ? »

Na-sien dit :

« Quelqu'un est enclin à oublier ; parmi ses proches, certains ont de la mémoire, certains sont oublieux ; [les premiers l'instruisent de ce qu'il a oublié.] C'est ainsi qu'instruire un homme donne naissance au souvenir. »

9° Le roi interrogea encore Na-sien, disant :

« Qu'est-ce que la mémoire née de la ressemblance ? »

Na-sien dit :

« Hommes, bœufs, chevaux, [les représentants de] chacune [de ces espèces] ont une ressemblance spécifique entre eux. Telle est la mémoire née de la ressemblance. »

10° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née du fait d'avoir oublié ? »

Na-sien dit :

« Par exemple, ayant soudain oublié quelque chose, on le retrouve en y pensant tout seul à plusieurs reprises. C'est là un souvenir né du fait d'avoir oublié. »

11° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née de la connaissance des sceaux [mudrā] ? »

Na-sien dit :

« Ceux qui étudient l'écriture peuvent assigner aux caractères leur rang. En cela consiste la mémoire née de la connaissance des sceaux. »

12° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née du calcul ? »

Na-sien dit :

« Par exemple, des hommes calculent ensemble [combinent un plan] ; lorsqu'ils ont terminé, ils connaissent clairement les artifices [de leur plan]. »

13° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce qu'un souvenir produit par une dette ? »

Na-sien dit :

« C'est par exemple le souvenir de ce dont on est redevable, de ce qu'on doit rendre, ainsi d'un tambour qu'on a loué. Telle est la mémoire née d'une dette. »

14° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née de l'unification de la pensée ? »

Na-sien dit :

« Les cha-men, en unifiant leur pensée, se remémorent par eux-mêmes les choses du temps des mille, cent mille existences à la suite desquelles ils sont nés. C'est ainsi que l'unification de la pensée donne naissance à la mémoire. »

15° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née de la lecture d'un écrit? »

Na-sien dit :

« Un empereur ou un roi possède un écrit d'une haute antiquité ; [en le lisant,] il se souvient et dit : C'est un écrit du temps de telle année de tel empereur. C'est là un souvenir né de la lecture d'un écrit. »

16° Le roi demanda encore à Na-sien :

« Qu'est-ce que la mémoire née du fait de revoir quelque chose qu'on avait confié ? »

Na-sien dit :

« Si un homme, ayant confié un objet, le revoit de ses propres yeux, alors le souvenir en naît en lui. Telle est la mémoire née d'un dépôt. »

Le roi dit :

« Excellent ! Excellent ! »