T 1670B Sūtra du Bhikṣu Nāgasena

2.76.

Na-sien dit :

« Voici déjà le milieu de la nuit. Je désire partir. »

Alors le roi ordonna aux sujets de son entourage de prendre quatre pièces de cotonnade, de les tremper dans de l'huile de chènevis et de les porter en guise de torches :

« Il faut reconduire Na-sien. Servez respectueusement Na-sien, comme vous me serviriez moi-même. »

Les sujets de l'entourage dirent tous :

« Nous recevons vos instructions. »

Le roi dit :

« Que l'on trouve un maître pareil à Na-sien et un disciple se comportant comme moi, et la Voie serait bientôt atteinte. »

A toutes les questions qu'avait posées le roi, Na-sien avait aussitôt répondu point par point ; le roi s'en réjouissait fort. Alors le roi fit sortir du trésor d'excellents vêtements, en fit disposer dix myriades et les offrit à Na-sien. Le roi dit à Na-sien :

« Je désire que dorénavant Na-sien vienne chaque jour au palais avec huit cents cha-men, qu'ils s'y nourrissent, et que Na-sien prenne au roi tout ce qu'il désirera acquérir. »

Na-sien répondit au roi :

« Je suis un homme de la Voie; je n'ai aucun désir. »

Le roi dit :

« Il faut que Na-sien se sauvegarde ; il faut également qu'il me sauvegarde moi-même. »

Na-sien dit :

« Je dois me sauvegarder et sauvegarder le roi : que signifie cela ? »

Le roi répondit :

« Il est à craindre que les gens ne se livrent à des appréciations et à des commentaires, et n'appellent le roi un avare, [disant] : Na-sien a dissipé tous ses doutes de renard, mais le roi ne peut même pas lui faire un cadeau ; ou bien il est à craindre que les gens ne disent : Na-sien n'a pu dissiper les doutes de renard du roi ; c'est pourquoi le roi ne lui donne pas de récompense. »

Le roi dit :

« Si Na-sien accepte, j'en retirerai du bonheur ; et du même coup Na-sien sauvegardera sa réputation. »

Le roi dit :

« De même qu'un lion, bien qu'il soit enfermé dans une cage d'or, nourrit sans cesse le désir et l'espoir de partir, de même moi que voici, bien qu'étant roi et résidant dans un palais royal, je ne suis point satisfait en mon esprit : je voudrais abandonner mon royaume et m'en aller étudier la Voie. »

Le roi ayant fini de parler, Na-sien se leva et s'en retourna au monastère bouddhique. A peine fut-il parti que le roi pensa en son for intérieur :

« Qu'ai-je demandé à Na-sien ? que m'a expliqué Na-sien ? »

Le roi pensa :

« De ce que j'ai demandé à Na-sien, il n'est rien sur quoi il n'ait éclairé mon esprit. »

De retour au monastère bouddhique, Na-sien fit également cette réflexion :

« Que m'a demandé le roi ? et moi, qu'ai-je répondu au roi ? »

Na-sien pensa :

« Ce que m'a demandé le roi, je le lui ai entièrement expliqué. »

Et jusqu'à l'aube ils pensèrent à ces choses.

Le lendemain Na-sien, vêtu du kia-cha [kāsāya] et tenant le po [pātra], entra tout droit dans le palais, monta à l'édifice surélevé et s'assit. Le roi s'avança, salua Na-sien et s'assit à l'écart. Le roi dit à Na-sien :

« A peine Na-sien fut-il parti que je pensai à part moi : en quels termes ai-je interrogé Na-sien, et en quels termes Na-sien m'a-t-il répondu ? Et je pensai encore : de ce que j'ai demandé à Na-sien, il n'est rien sur quoi Na-sien n'ait éclairé mon esprit. Ces pensées m'ont réjoui et j'ai paisiblement dormi jusqu'à l'aube. »

Na-sien dit :

« Moi aussi, de retour au monastère, je fit cette réflexion : que m'a demandé le roi, et moi, qu'ai-je expliqué au roi ? Et je pensai encore : ce que m'a demandé le roi, je le lui ai aussitôt expliqué. Et je m'en suis réjoui jusqu'à l'aube. »

Ayant fini de parler, Na-sien désira partir. Alors le roi se leva et salua Na-sien.